Bonaparte à Valence


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Jean-Etienne CHAMPIONNET (1762-1800)

Le général Jean-Etienne CHAMPIONNET

Jean-Claude Banc

Sur le Champ de Mars, les Valentinois ont placé le général Championnet sur un très haut piédestal, plus haut que celui accordé aux bronzes de Bancel et de Madier de Montjau. Alexandre Dumas dans son roman fleuve La San-Felice en a fait le modèle du général républicain propagateur du progrès avec son œuvre législative accomplie en accord avec l’ancien conventionnel Jullien de la Drôme. A contrario le personnage est considéré par certains historiens comme animé d’une insatiable soif de pouvoir et de richesses.


La Drôme, patrie des Allobroges, a donné à la France révolutionnaire dix-sept généraux. Certains ont connu une gloire éphémère tels les romanais André Bon, mortellement blessé à St Jean d’Acre et Joseph Servan, deux fois ministre de la Guerre, le montilien François Point, tué dans les Abruzzes, et le valentinois Jean Urbain Fugières, mutilé à Aboukir. Un seul a connu la consécration en commandant en chef une armée française en campagne, ce qui lui aurait probablement valu le bâton de maréchal s’il n’était mort prématurément. Il s’agit bien sûr de Jean-Etienne Vachier dit Championnet. De tous les généraux de la République, il est resté l’un des moins connus, des moins étudiés, des moins glorifiés. Si sa carrière militaire est exceptionnelle à l’égal des Hoche, Joubert, Marceau ou Desaix, toute sa vie est placée sous le signe du mystère et de la fatalitéune naissance déguisée qui perturba son adolescence, des victoires éclipsées par d’autres épopées, une mort occultée par la prise de pouvoir de Bonaparte.


Naissance et adolescence


La carrière mouvementée de Championnet s’ouvre par la rédaction d’un acte d’état civil contesté et contradictoire à l’image de sa vie. «’an 1762 et le 14 avril a été baptisé un garçon né le même jour à qui on a donné les noms de Jean-Etienne fils naturel non légitime de Madeleine Vachier fille à Pierre travailleur de terre habitant dans la communauté de Charpey laquelle a déclaré à M Jean-François Bernon juge voïal de Romans ne vouloir nommer le père le 20 du mois de janvier 1762. Le parrain a été Jean Faure, et la marraine Marie-Anne Chaumat.» Signé Faure et Sylve curé. Premier mystère, il existe un second acte, signé par les mêmes intervenants, toujours dans les registres de la paroisse Saint-Jean en tous points identiques à l’exception notable de la date qui est celle du 13 avril.

Madeleine Vachier, la mère, est le cinquième enfant d’un agriculteur d’Alixan, Pierre Collion, qui l’a placée comme domestique chez le propriétaire des terres qu’il exploite, la famille Grand à Valence. Son vrai nom n’est donc pas Vachier comme indiqué dans l’acte d’état civil, mais Madeleine Colion. Si cette très belle femme d’origine modeste, complètement illettrée, a utilisé le nom de sa propre grand-mère, c’est qu’elle ne veut pas compromettre le volage père de son fils, un notable réputé qui lui a déjà fait un enfant et a aussi engrossé sa sœur Marie et la fille d’une cliente de son étude, Louise Roullié.

Le père de ces quatre enfants nés de mères différentes s’appelle Etienne Grand. Il a vingt-trois ans, cumule les titres hérités de son propre père Claude et possède une fortune considérable. Il est avocat au parlement de Grenoble, conseiller du roi, lieutenant civil et criminel au bureau de l’élection de Valence et maître de la poste aux chevaux. Cette paternité complexe donnera bien du mal aux historiens qui confondront souvent Jean-Etienne, le fils de Madeleine, et Jean-Etienne-Antoine, le fils de Louise Rouillé, nés à 41 jours d’intervalle. Les monuments élevés à la gloire du futur général supporteront aussi les conséquences de cette quasi homonymie, et les dates figurant sur l’Arc de Triomphe et la statue de Valence seront plusieurs fois rectifiées.

Bien que ne l’ayant pas légitimé, Etienne Grand est bien le père de Jean-Etienne qu’il considérera et traitera comme son fils dès sa naissance. Il faut dire que les trois autres enfants décéderont rapidement et qu’il reportera sur le robuste survivant tous ses espoirs de succession. Une de ses propriétés située à côté du Champ-de-Mars, à l’emplacement de l’actuel lycée Emile Loubet, s’appelait le
Champ-de-Pionnet. Ce nom, écrit aussi Championnet, vient du latin«» qui signifie «champ», et le quartier s’appelle ainsi depuis le XIII au moins. C’est probablement dans cette propriété composée «’un enclos de vigne avec une petite maison au milieu» qu’Etienne Grand séduisit Madeleine, et qu’en souvenir de ce lieu il surnomma son fils Championnet. Jean-Etienne portera le nom de Vachier jusqu’à la mort de son père le 14 juin 1788. Il sera alors appelé Grand-Championnet, du nom conjoint de son père et de la propriété dont il héritera finalement en 1773. Après quelques actions d’éclat à la tête de ses grenadiers et parce que les noms nobles ou composés étaient fort mal vus à l’époque, il ne signera jamais que «» à partir de 1792.

Quelques mois après sa naissance, Jean-Etienne est mis en nourrice chez Jean Tromparant, un cultivateur de Soyons en Ardèche. Sa mère vient le voir souvent et prend bien soi de lui. Deux ans plus tard, il est confié à un autre cultivateur de Soyons, Pierre Brian, chez qui il restera 5 ans. En 1771, à l’âge de 9 ans, il est mis en pension chez un confrère de son père, Maître Savary, greffier de justice à Chabeuil. Pendant 6 ans, il assiste son précepteur et en reçoit ses leçons, montrant une vive intelligence et un esprit curieux.

A l’âge de 15 ans, il a déjà le goût de l’aventure, et soucieux d’échapper au carcan familial et aux moqueries que lui attirent sa naissance et son nom, Jean-Etienne Vachier part dans le sud de la France puis passe en Espagne, où il exerce divers métiers manuels. On lui attribue un rôle dans le siège de Gibraltar qu’aucun document officiel ne vient étayer. Ce qui est sûr, c’est qu’il pratique pendant un temps le métier de cuisinier à Barcelone, ainsi qu’en témoigne une lettre imagée qu’il adresse à son père en avril 1780. Désargenté, il rentre à Valence un an plus tard, en mai 1781, et reprend alors son instruction dans l’étude et sous la direction de son propre père qui se sépare progressivement de ses diverses charges, jugeant son fils trop jeune pour lui succéder. Toutefois, à titre de compensation et grâce à la recommandation de son père, Jean-Etienne est nommé receveur pour la perception des droits au bureau de La-Roche-de-Glun le 10 octobre 1782.

Pendant 6 ans, il remplira ses fonctions avec rigueur mais sans enthousiasme, se faisant remplacer par Me Feugier, notaire à La-Roche-de-Glun, qui exploitera la charge en son nom ainsi qu’il est courant à une époque où les plus fortunés cumulaient les postes officiels. Doté d’une taille inhabituelle (1.87 m), de cheveux blonds et d’yeux bleus, c’est un bel homme bien proportionné, à la démarche assurée. Malgré son jeune âge - il n’a que 20 ans - sous son aspect débonnaire se cachent une fermeté à toute épreuve et une volonté de fer. Ennemi du luxe, il a naturellement un caractère heureux et conciliant et des manières affables, fruits d’une éducation soignée.

Malgré les prétentions de Grenoble, sa rivale de toujours, Valence accueille en 1783 l’Ecole d’Artillerie de Besançon et deux bataillons du régiment de La-Fère-Artillerie. Cette présence militaire permanente va enflammer l’esprit aventureux de Jean-Etienne et inquiéter son notable de père qui, se sentant malade et soucieux d’assurer l’avenir de son fils, lui fait don le 1 octobre 1786 des immenses domaines de Barlatier à Alixan et des Marlhies près de Bayanne qui existent toujours de nos jours. Gagné par la philosophie des Lumières, le futur général salue avec enthousiasme la résistance du parlement de Grenoble qui refuse d’enregistrer les édits royaux, ce qui provoque le 7 juin 1788 la «
Journée des Tuiles», début de l’agitation révolutionnaire. Tandis que la majorité de la bourgeoisie locale s’oppose au mouvement, Grand-Championnet, enthousiasmé par des idées généreuses et libérales, s’enflamme pour la révolte aux côtés de l’abbé de Tardivon, d’Antoine de Sucy et de M. de Bouchard commandant l’école d’artillerie, autres nobles ralliés.

Le 14 juin 1788 Etienne Grand meurt âgé de moins de 50 ans. Deux jours auparavant il a enfin épousé sa
gouvernante après trente ans de vie commune, ce qui va compliquer là aussi la situation de son fils qui ne pourra hériter directement et se fera finalement flouer par le légataire universel désigné, le procureur Jean-André Colombier. Immédiatement après la mort de son père, Jean-Etienne s’établit à Valence. Il s’appelle désormais Grand-Championnet, et même si son poste de receveur est modeste, il a un caractère public lié à l’ancien régime incompatible avec la profession des idées nationales. Il en démissionne donc et grâce aux sommes qui lui sont remises, il reprend son indépendance et part compléter son éducation à Lyon pendant plusieurs mois. Lorsqu’il revient, le bâtard désavoué d’autrefois est devenu un homme instruit, franc et loyal que tout Valence regarde et honore comme le fils reconnu d’Etienne Grand. Les actes officiels le qualifient de bourgeois, et il exerce un véritable ascendant sur ses concitoyens.

Dans la fièvre de la préparation des Etats généraux convoqués à Versailles le 5 mai 1789, l’agitation à Valence est permanente. Aux causes économiques s’ajoutent des revendications politiques contre les privilèges de la noblesse et du clergé. Grand-Championnet est l’un des plus convaincus, des plus ardents promoteurs des idées nouvelles et, prônant l’exemple, il s’engage dans la milice bourgeoise récemment constituée. Dès le 14 juillet il devient grenadier dans la nouvelle troupe de défense locale devenue entre-temps la garde nationale de Valence. Il participe au mouvement des Fédérations né à Etoile le 2 novembre qui vise à fédérer l’ensemble des gardes nationales pour défendre la nouvelle République menacée de toutes parts par la réaction de la noblesse. Le 1 décembre 1789, Grand-Championnet est promu au grade de sergent, puis le 15 mars 1790 il devient lieutenant, toujours dans la garde nationale de Valence. A cette époque, les promotions sont rapides puisqu’il convient de remplacer la majorité des officiers français qui ont émigré en masse.

Le mouvement des Fédérations s’étend à toute la France. Grand-Championnet, fort d’une éducation supérieure, fait partie de tous les détachements qui portent la bonne parole aux réunions des Fédérations de Montélimar, Crest, Die, Orange, Romans, Grenoble et Vienne. Le 25 avril 1790, au café de Mlle Bou, se crée la «été des Amis de la Constitution» destinée à maintenir la liberté et la constitution à laquelle il adhère avec enthousiasme, participant avec ardeur aux débats quotidiens. Deux mois plus tard il a donné de telles preuves de civisme et inspiré une telle confiance à ses concitoyens, qu’il est désigné comme député par l’assemblée générale des gardes nationales du district de Valence pour représenter le canton à la réunion de la Fédération à Paris.

Le 14 juillet 1790, Jean-Etienne assiste donc avec les fédérés des autres départements français à la messe solennelle célébrée par Talleyrand. Il jure d’être fidèle à la Nation, à la Loi et au Roi et de maintenir la Constitution. D’après le certificat qu’il reçoit, il donne les témoignages du plus pur patriotisme et de la fraternité la plus entière et prête le serment «
Vivre libre ou mourir» Il tiendra parole puisque après avoir lutté pour la liberté, il mourra pour elle.

En avril 1791, Grand-Championnet devient secrétaire des Amis de la Constitution de Valence. Il entreprend une action de propagande auprès des troupes du 4 régiment d’artillerie, qui est accueillie favorablement par les soldats et les officiers qui adhèrent par crainte, opportunisme ou conviction. Il faut dire que l’anarchie qui a succédé à l’administration royale bouleverse la vie du pays. Des régiments entiers se rebellent et la garde nationale est de plus en plus considérée comme une force armée de réserve. Un exemple parmi d’autresle 15 juin Napoléon Buonaparte, devenu premier lieutenant, revient en garnison à Valence et adhère dès le lendemain aux Amis de la Constitution.

Le 3 juillet 1791, Grand-Championnet assiste à Valence à la réunion de 22 sociétés populaires venues débattre des suites à donner à la trahison de Louis XVI. Une souscription est ouverte pour aider les volontaires. L’évêque Marbos offre 1200 livres, le procureur du Bessé sa personne et 600 livres, l’imprimeur Aurel ses deux fils et 200 livres, Grand-Championnet sa personne et 300 livres. Le 14 juillet, la population de Valence unie aux troupes, élus, clergé, gardes nationales se rassemble au Champ de l’Union pour célébrer le 1 anniversaire de la fête de la Fédération. Les patriotes terminent la journée par un grand banquet républicain auquel participent Grand-Championnet et Buonaparte unis par la même ferveur nationale.

La crainte de la famine, les sollicitations financières incessantes, l’imminence de la guerre engendrent des fortes tensions durant tout l’hiver 1791-1792. L’armée est désorganisée par l’émigration de 6000 officiers sur 9000, dont 600 généraux. Les désertions s’amplifient. Comme beaucoup d’autres, les Drômois refusent de s’engager dans l’armée de ligne pour les huit ans réglementaires et préfèrent constituer des bataillons de volontaires. En mars 1792, Grand-Championnet est nommé adjudant-général de la légion des gardes nationales du district de Valence. Le 5 mai, pour faire face au danger imminent, les gardes nationaux sont réquisitionnés et deviennent des volontaires nationaux. Cinq nouveaux bataillons sont levés dans la Drôme. Le 8 août 1792, Jean-Etienne présente sous les applaudissements le règlement de la garde nationale au conseil de la ville de Valence. C’est sa dernière action politique car les clivages partisans l’exaspèrent. Lassé des divisions et des polémiques, il refuse un siège de député pour se consacrer au service des armes. Il se sent «
très capable d’être un bon soldat et craint d’être un mauvais législateur».

Tous les grades au delà d’adjudant-major étant pourvus par l’élection, il présente sa candidature et, fort de sa notoriété, est élu le 29 août avec 418 suffrages sur 649 votants comme 1 lieutenant-colonel du 6 bataillon des volontaires de la Drôme. A partir de cet instant, les noms nobles ou composés étant devenus suspects, il se fait définitivement appeler Championnet. En septembre, il rassemble à Crest son bataillon qui est rapidement constitué avec une compagnie de grenadiers et huit de ligne, soit 950 officiers et hommes de troupe, mais avec un armement limité à 80 fusils. Dès que ces opérations sont terminées, il reçoit l’ordre des représentants du peuple envoyés par la Convention dans les départements du Centre-Est de partir pour Besançon où des troubles viennent d’éclater.



Des Volontaires de 1792 à Naples


De septembre 1792 à juillet 1799, Championnet participe à 9 campagnes à travers l’Europe. Plutôt que de vous conter dans le détail chacune de ces expéditions, j’ai choisi d’en dresser le cadre général illustré de quelques anecdotes significatives.

Nous retrouvons donc le Valentinois avec le grade de lieutenant-colonel du 6 bataillon des volontaires de la Drome sur la frontière suisse.

Le 17 janvier 1793, avec une seule voix de majorité, les députés votent la mort de Louis XVI qui est guillotiné sur la place de la Révolution, notre actuelle place de la Concorde. Cet acte signe la rupture définitive avec l’Ancien Régime et apparaît comme un défi lancé aux cours européennes qui, redoutant la contagion révolutionnaire, s’unissent contre la France. Face au danger d’invasion, de nouvelles mesures restrictives sont annoncées. En tant qu’ancien des Amis de la Constitution, société d’origine jacobine, Championnet est inquiété à son tour et doit produire un certificat attestant de son civisme.

Toujours basé dans le Jura, il est maintenant chargé de rétablir l’ordre troublé par des insurgés qui veulent marcher sur Paris. A la surprise des représentants du peuple qui prônent l’utilisation sans pitié de la manière forte, il réussit à soumettre pacifiquement et sans effusion de sang les agitateurs qui déposent les armes. Contraint de justifier son attitude pacifiste, il est convoqué à Paris par un Danton soupçonneux qu’il réussit à convaincre«
Le Comité de salut public est satisfait de la conduite que vous avez tenue au commandement que les représentants du peuple vous ont confié dans le Jura, et vous ordonne de vous rendre à votre poste» Il reçoit finalement, à titre de récompense, le grade de chef de brigade. Républicain convaincu, mais échaudé par ces polémiques qui auraient pu le conduire à l’échafaud, il décide de quitter les bataillons de volontaires trop politisés pour rejoindre l’armée d’active, et grâce à son ami Pichegru il passe à l’armée du Rhin en octobre 1793.

Ce n’est pas le meilleur moment puisque cette armée en complète déconfiture ne cesse de reculer malgré les ordres stricts de Saint-Just et Lebas, qui font guillotiner pour l’exemple officiers et soldats défaillants. Championnet, atterré, écrira dans ses Mémoires«
C’était le comble de la désolation et de la tyrannie. La vie des hommes ne tenait qu’au caprice de ces deux représentantsles militaires étaient arrachés de leurs bataillons et traînés au supplice sur des présomptions légèresenfin, ce règne de sang avait porté la terreur dans tous les cœurs qui n’avaient que le droit de gémir en silence sur tant d’horreur. La guillotine était en permanence sur la place de Strasbourgtous les jours le sang de dix à douze victimes y coulait»

A la fin de l’année 1793, il passe à l’armée de la Moselle commandée par Hoche et se bat avec succès le long du Rhin. Il est l’un des premiers à pénétrer dans la citadelle de Landau enlevée aux Autrichiens.

L’année 1794 commence dans le froid alors que l’insurrection vendéenne est réprimée dans le sang, entraînant l’élimination de la moitié de la population. Avant d’aller rejoindre ses quartiers d’hiver à Thionville, Championnet est nommé général de brigade en témoignage de son civisme et de ses talents militaires. Il multiplie pendant trois mois les démarches pour assurer l’équipement et l’approvisionnement de ses soldats et dénonce «
la malheureuse situation de nos frères d’armes qui sont à pieds nus et souffrent considérablement par le mauvais temps» En avril, il renouvelle ses protestations«bataillon qui doit occuper Ornemont me mande que ce dernier endroit n’est composé que de six maisons, que la division de Lefebvre y a au moins deux cents hommes qu’on est obligé d’y coucher droits et d’être jusqu’à cent cinquante dans chaque maison, qu’on ne peut pas faire la soupe et qu’ils aimeraient mille fois mieux être sous la tente»

Pendant deux mois, l’armée de la Moselle multiplie les attaques autour d’Arlon et de Luxembourg avant d’aller assiéger Charleroi. Le 10 juin 1794, Championnet est nommé général de division. Pour ce faire, il doit justifier de son identité, ce qui lui est difficile puisqu’il figure à l’état civil sous le nom de Vachier. Pour s’en sortir, il doit faire dresser un acte de notoriété. Mais revenons à Charleroi, cette ville belge assiégée par les Français que les Autrichiens veulent à tous prix dégager, ce qui conduira à la célèbre bataille de Fleurus. Championnet s’y illustre en conservant tout d’abord ses positions malgré la retraite de l’armée qui découvre les flancs de sa division, puis en contre-attaquant à la baïonnette. A la fin de cette journée mémorable il est félicité par les représentants en mission pour«
sa conduite et son exemple qui ont permis le gain de la bataille»

Suite à cette action, il passe à l’armée de Sambre et Meuse commandée par Jourdan, à qui il dénonce l’état lamentable de la troupe qui vient de lui être confiée
«’ai au moins 400 galeux qui pourrissent de cette mauvaise maladie. Le cœur me saigne toutes les fois où je pense à leur triste situation» Poursuivant sur sa lancée, il enlève Juliers et Cologne avant de retrouver Valence pour la trêve hivernale. Il est honoré par les autorités locales et profite de son séjour pour s’occuper de son héritage, acheter une maison, aujourd’hui disparue, place des Clercs pour loger sa mère et entreprendre la construction d’une résidence à Alixan. De retour sur le front de l’Est à la mi-janvier 1795 sous un froid glacial, il prend la tête de ses hommes, «des gueux qui manquent de tout», pour se rendre sur le Rhin. C’est sa première campagne d’Allemagne entreprise dans une ambiance détestable qu’il décrit à Jourdan«Je te prie de dire au commissaire général de m’envoyer des souliers, ou je serai obligé de faire marcher plus de 5000 hommes à pieds nus

En mai 1795, Championnet passe sous le commandement de Kléber. Il reçoit une mission périlleusecréer une diversion en faisant mine de traverser le Rhin face à Dusseldorf pour bloquer l’importante garnison de la ville fortifiée pendant que les Français passeront ailleurs. En septembre, après quatre mois de préparatifs discrets, il lance une déclaration ampoulée«
Braves compagnons de mes périls, demain le soleil levant nous verra à Düsseldorf, ou nous serons morts glorieusement», et s’attaque à la ville par surprise avec 700 hommes seulement. Impressionné par tant d’audace, la citadelle capitule, entraînant la retraite de toute l’armée autrichienne. Félicité par Jourdan et Kléber qui ne peuvent croire à ce succès prodigieux, il répond fièrement au général en chef qui avoue avoir sacrifié sa division pour que le reste de l’armée batte les Autrichiens«vous demande la même faveur en toutes occasions»

Dans les semaines qui suivent, le général drômois enlève Limbourg et Colsheim, mais le dénuement de l’armée est tel qu’il n’y a pas d’autre issue que d’entreprendre une nouvelle retraite qui ne prendra fin qu’une fois le Rhin repassé en sens inverse. En 4 mois sa division a perdu 4000 hommes sur 10A nouveau il proteste«
Chef d’administration, pesez dans votre conscience les torts que vous faites à l’arméeregardez les braves officiers et les braves volontaires couverts de haillons, couchés sur la terre, rongés par la vermine, éprouvant les plus grandes privationstandis que vous, tout ce qui vous entoure regorge d’or et d’argent. Votre luxe insulte à la misère de l’armée»

Et nous voilà en 1796. Sur le continent, la France n’a plus qu’un seul adversaire, l’Autriche, alliée à quelques forces allemandes et italiennes marginales. Le prince Charles qui veut porter la guerre sur les frontières françaises attaque en Alsace. C’est le début d’une nouvelle campagne des deux cotés du Rhin qui conduira les Français jusqu’en Bavière. Championnet, à la tête de 3 brigades, figure au centre de l’armée de Sambre et Meuse sous le commandement direct de Jourdan. En moins d’un moins il s’empare de Neuwied, passe la Lahn à Rimkel, s’illustre en culbutant neuf bataillons ennemis avant d’emporter la citadelle de Würzburg.

Deux actes charitables illustrent sa grande humanité. Se souvenant de ses origines paysannes, il ordonne à ses officiers de respecter les cultures et de ne pas laisser ses dix mille hommes camper dans les champs arrivés à maturité
«amis, craignons de fouler les dons de cette terre fertile, ne détruisons pas l’espoir du pauvre laboureur. Il vaut mieux supporter encore une marche et nous reposer plus loin, que de ruiner deux cents familles qui sont à la veille de recueillir le fruit de leur sueur» Quelques jours plus tard, embarrassé, il s’adresse à son adjoint le général Klein«vous fais passer, mon cher camarade, la femme d’un boulanger autrichien. Je vous prie de la faire conduire aux avant-postes ennemis et de la renvoyer. J’espère que ces messieurs nous saurons gré de cette galanterie française»

Pendant tout un mois, l’armée de Sambre et Meuse avance irrésistiblement jusqu’au Danube. Elle n’ira pas plus loin. Elle est même allée trop loin et se trouve isolée en territoire ennemi. Afin d’éviter un encerclement funeste, Jourdan ordonne un nouveau repli qui s’étalera jusqu’à la mi-octobre. La fin de cette campagne de 1796, aussi désastreuse que la précédente, a fourni à Championnet l’occasion de se couvrir de gloire en protégeant le recul de l’armée. En 5 mois, il aura parcouru plus de 1500 km en territoire ennemi, mais malgré cette débauche d’énergie il se retrouve ramené à son point de départ. A noter que le 1 décembre 1796, il préside la mise en place des premiers conseils de guerre dont il est l’un des initiateurs, et qu’en janvier et février 1797 il commande par intérim l’ensemble de l’armée de Sambre et Meuse avant d’hiverner sur le Rhin à nouveau.

En avril 1797, le beau temps est revenu. Hoche signifie aux Autrichiens la reprise des hostilités. Championnet, son adjoint, commande toute l’aile gauche de l’armée, soit 22hommes. A la tête de sa division et des dragons il enlève les positions d’Ukerach et d’Altenkirchen, s’attirant la confiance et l’estime du Directoire pourtant plutôt avare de félicitations. Au cours de la célébration de la victoire, Hoche à son tour lui rend hommage en faisant graver«
La division Championnet demande où est l’ennemi, elle ne s’informe jamais du nombre» Un mois plus tard, le même Hoche qui avait refusé de participer au coup d’Etat du 18 fructidor meurt, probablement empoisonné. Il venait d’écrire à Barras, un des consuls«Championnet est propre au commandement en chef. Le jour où vous lui donnerez une armée, il s’en tirera mieux que personne!» L’armée de Sambre et Meuse décerne son épée au Valentinois, lui confie la mission d’élever un monument à la mémoire de son chef et de prononcer l’éloge funèbre.

En décembre Championnet qui connaît Bonaparte depuis Valence l’accompagne de Nancy à Paris, puis participe à ses côtés à toutes les réceptions données en l’honneur du vainqueur de l’Italie. Après cet intermède parisien, il est successivement nommé à l’armée de Mayence, puis passe un mois dans la Drôme où il signe un accord définitif sur son héritage dont il ne récupérera finalement qu’un tiers avant de partir commander l’aile droite de la nouvelle armée d’Angleterre.

En mai, alors que Bonaparte s’embarque pour l’Egypte, Championnet, qui a vainement demandé à participer à l’expédition, s’oppose avec succès à deux tentatives de débarquement des Anglais en Belgique. Il y gagne le surnom de
«des Dunes» et voit son commandement étendu de Dunkerque à la Hollande. Cependant, il s’ennuie ferme. Il revient donc commander pendant deux mois une division de l’armée de Mayence sur les bords du Rhin, puis il est nommé général en chef de l’armée française en Batavie, ce qui lui donne autorité sur la Belgique, la Hollande et une partie de l’Allemagne. Il a cette fois à peine le temps de déballer ses malles puisque 15 jours plus tard il prend la direction de l’Italie pour rejoindre Joubert qui doit y rétablir l’ordre. La mission de Championnet qui va diriger l’armée de Rome est doubleprotéger la jeune République romaine et attaquer le royaume de Naples qui menace la France.

Sur le papier, l’armée de Rome a fière allure avec cinq généraux de division, seize généraux de brigade et 50hommes. Sur le terrain, la réalité est moins brillante. Les effectifs sont ramenés à 23hommes et l’équipement est en piteux état
«Civita-Vecchia, il n’y avait pas de canons du calibre 33, et il n’y avait que des boulets de ce calibre. Dans le calibre 29, tous les boulets étaient à Perugia où il n’y avait point de canonstous les canons étaient à Civita-Vecchia, où il n’y avait point de boulet. Les arsenaux n’avaient pas été traités avec plus de ménagement que les forteresses, tout en avait été enlevé, et telle était la rareté des fusils qu’on n’en trouva pas même pour armer deux bataillons, dans un pays où des armées entières d’insurgés s’étaient si souvent montrées supérieurement armées et pourvues de toutes espèces de munitions»

D’abord contraint d’évacuer Rome pour regrouper ses forces éparpillées, Championnet effectue une rapide volte-face qui prend les Napolitains par surprise, les contraignant à une déroute désastreuse. Malgré une révolte permanente qui ensanglante ses divisions, il reprend successivement Rome, Capoue, Gaete avant de s’attaquer à Naples avec 14hommes seulement. En 3 jours de combats ininterrompus, usant de la religion comme moyen de persuasion ultime grâce à Saint-Janvier, le patron de Naples, il occupe définitivement la ville le 24 janvier 1799. En 2 mois, il a détruit une armée de 70hommes, pris 300 canons, 200 drapeaux, 5 citadelles. Dès le lendemain, il proclame la République parthénopéenne, transforme l’armée de Rome en armée de Naples, nomme un gouvernement provisoire, relance les fouilles de Pompéi et entreprend d’organiser sa conquête. En guise d’hommage, le Directoire lui offre une armure complète de commandant en chef, aujourd’hui remisée dans les réserves du musée de Valence.



La fin du Héros


La rapide victoire de Championnet à Naples ne fait pas que des heureux. Bien vite, il entre en conflit avec une clique d’accapareurs et de profiteurs qui, vivant habituellement sur le dos de l’armée et des pays conquis, acceptent mal de voir leur autonomie compromise. C’est le début d’un véritable feuilleton qui trouvera son épilogue le 11 mars lorsque le Drômois sera arrêté pour abus de pouvoir et transféré à Grenoble pour être jugé par le conseil de Guerre qu’il avait lui-même contribué à créer. La nouvelle de sa déchéance surprend tous ceux qui le connaissent. Ciaza, le président de la nouvelle République, lui écrit :«Rien ne peut peindre la douleur du gouvernement provisoire en apprenant la funeste nouvelle de votre départ. C’est vous qui avez fondé notre Républiquec’est sur vous que reposaient nos plus douces espérances et celles de tous les citoyens… Brave Général, vous emportez nos regrets, notre estime, notre reconnaissance»

Le procès de Championnet s’étale sur 3 mois avec de multiples rebondissements, alors que toutes ses conquêtes italiennes sont peu à peu reprises par les Napolitains épaulés par les Autrichiens et les Russes qui apparaissent pour la première fois sur le front occidental. L’opinion publique, informée du déroulement du procès, prend violemment parti pour le Drômois. A l’exemple de plusieurs de ses collègues, Chénier, le parolier du Chant du Départ, s’exclame à la tribune du Conseil des Cinq-Cents«
On a traduit Championnet devant un tribunal français, c’est sans doute pour y faire amende honorable d’avoir renversé le dernier trône d’Italie»

Faute de preuves tangibles, et suite au coup d’État du 18 juin qui ramène les Jacobins au pouvoir, Championnet est libéré et immédiatement remis en activité par son ami Bernadotte, le nouveau ministre de la Guerre. Dans l’intervalle, la situation s’est encore dégradée et ce sont maintenant les frontières de la France qui sont directement menacées. Une nouvelle armée créée le long des Alpes est confiée à Championnet qui installe son quartier général à Grenoble, ville qu’il connaît bien. Les dernières troupes françaises présentes en Italie sont battues et leur général en chef Joubert tué à Novi. Il venait lui aussi de rendre hommage au Valentinois«
Avec Championnet je me divise en deux. Une partie de moi va où je l’envoie, je ne suis qu’une autre moitié qui reste où le devoir le retient»

Face à la menace, les anciennes armées des Alpes et de la péninsule, ou tout du moins ce qu’il en reste, sont réunies sous l’appellation d’
armée d’Italie et confiées - ou plutôt imposées - à Championnet. Et le 29 août, c’est un général en chef pour le moins circonspect qui prend son commandement à Embrun, le jour où Pie VI meurt à Valence«ne me dissimule pas la tâche pénible qui m’est imposée dans les circonstances critiques où nous nous trouvons. L’amour de la patrie, à laquelle j’ai fait l’abandon total de toutes mes facultés et de mon existence, a pu seul m’engager à accepter ce nouveau gage de la confiance du Directoire à mon égard

Championnet a raison de douter car après une succession de batailles indécises, à la tête de soldats trop peu nombreux, démunis et affaiblis par une épidémie de typhus, il est battu à son tour à Genola le 4 novembre 1799 et présente sa démission au Directoire. Miné moralement par ce premier revers, devant faire face à l’insurrection d’une de ses divisions, il tombe malade et doit être transféré à Antibes pour être éloigné de l’épidémie. Mais il est trop tardDeux jours plus tard, affaibli, il tombe dans le coma et s’éteint le 9 janvier 1800 à l’hôtel des Aigles d’Or d’Antibes occupée précédemment par Bonaparte.

Tout comme pour sa naissance, l’enregistrement de son décès ouvre la porte à une nouvelle polémique et à plusieurs hypothèses, car l’acte de décès officiel n’est rédigé – et en termes sibyllins - que le 29 janvier à cause de la contagion qui frappe la ville et désorganise les services municipaux. Quoi qu’il en soit, dès la fin du mois de janvier 1800, le cœur de Championnet est ramené à Valence et bientôt déposé dans une urne offerte par Bonaparte, qui est installée dans la salle décadaire de l’église Saint-Ruf où elle se trouve toujours.

Dès sa disparition, les hommages sont nombreux. Le général Thiebault, habituellement sévère, le considérera «
commehomme de guerre supérieur, comme un homme d’État habile, comme le plus honnête et le meilleur homme du monde» Albert Sorel estimera que«la seule erreur de Championnet fut de n’avoir pas su mettre les formes à son action en Italie, les formes à la Bonaparte» Bonaparte justement, qui le connaissait bien, l’évoquera sans indulgence à Sainte-Hélène«était brave, plein de zèle, actif, dévoué à sa patrie, bon général de division mais médiocre général en chef!» L’Empereur était sans doute agacé par cet ancien collègue qui avait failli devenir le Bonaparte de l’Italie du Sud.

De Saint-Albin, dans le livre qu’il lui consacre en 1860 illustre bien la dualité de son comportement«
On a vu Championnet, sans même qu’il éprouvât de contradictions prononcées, paraître quelquefois emporté, fougueux, et se persuader qu’il avait de l’énergie lorsqu’il n’avait que de la colèremais son bon et grand cœur venait aussitôt à son secours… Il y avait dans Championnet toutes ces qualités morales qui sont la caution et la preuve d’une âme élevée au-dessus de tout soupçon. Il était constamment sobrejamais on ne le vit s’enivrer!»

Pour en terminer avec les hommages, je citerai Henri Dourille, qui nous dépeint un soldat doté d’une trempe paysanne voire rustique«
Doux, bienveillant, affable, il commandait le respect, l’obéissance et l’amourtoujours en avant, le premier au danger, on le voyait, quand ses troupes essuyaient le feu de l’ennemi, grandir sur ses étriers en s’écriant«ête haute doncCourage mes enfants»

Dès 1830, la ville de Valence, en hommage à son célèbre compatriote, lui consacre une rue de la vieille ville située à proximité de la place des Clercs où il habitait. Huit ans plus tard, les Valentinois décident, à l’initiative d’un libraire Henri Dourille, de lui élever une statue sur laquelle on pourrait écrire un nouvel ouvrage. Plus brièvement, après le lancement d’une souscription publique nationale à laquelle répondent les plus grands personnages de l’État, une commande est passée au sculpteur grenoblois Sappey qui fera couler la statue à Paris chez Crozatier. Prévue à l’origine pour être édifiée sur la place des Clercs, elle mesure 4 m de haut et représente le vainqueur de Naples en habit de général de division exhortant la population de la ville à déposer les armes. Erigée sur un socle mesurant 4,20 m de haut construit en pierre de Crussol par Ferlin, la statue est finalement installée sur l’ancien Champ de Pionnet qui avait donné son nom au général avant de devenir le Champ-de-Mars.

Bien que terminée début 1845, il faudra attendre jusqu’en septembre 1848 pour que la statue soit enfin inaugurée lors de la fête de la Fraternité. Pendant la seconde guerre mondiale, les statues sont déboulonnées à travers tout le pays par les Allemands qui veulent récupérer le bronze pour leurs besoins militaires. Plusieurs statues valentinoises disparaissent à jamais, mais les habitants reconnaissants, qui refusent de voir Championnet quitter la ville, déposent nuitamment la statue qui est enterrée dans les jardins du musée à l’insu des Allemands et des miliciens établis à l’hôtel de la Croix d’Or, à l’occasion d’une alerte aérienne.

Valence a honoré à plusieurs reprises son illustre concitoyen à travers de nombreux défilés, commémorations et expositions. Outre la plaque posée en 1894 sur la façade de sa maison natale face au centre Hugo, la statue, la rue et le monument contenant son cœur, il existe un bureau de poste
Valence Championnet et une place Championnet.

Tout comme Valence, lieu de sa naissance, Antibes, où il est mort a rapidement adopté le Valentinois. Le 14 juillet 1889, à l’occasion du centenaire de la Révolution, une première plaque a été inaugurée sur la façade de l’ancien hôtel des Aigles d’Or, dans l’actuelle rue Thuret. A proximité de ce lieu historique, une rue a également été baptisée du nom de Championnet, avant qu’un buste ne lui soit dédié le 15 août 1891 sur le cours Masséna. Un trait d’humour et d’originalité a marqué cette cérémonie lorsque William Bonaparte-Wyse, descendant de Napoléon, libéra à la place des traditionnelles colombes un essaim d’abeilles qu’il transportait depuis Avignon.

Depuis cette inauguration, une tradition locale veut que le débiteur incapable d’honorer ses dettes s’adresse à son créancier en ces termes :«
Va te faire payer par Championnet», ce qui signifie «par la mairie ou par le diable», puisque ledit Championnet ne possédant pas de bras, il ne peut évidemment mettre la main à la pocheLes Valentinois moins chanceux peuvent admirer la statue de leur général mais sont obligés d’honorer leurs dettes.

D’autres villes ont honoré Championnet comme Paris, qui lui a dédié l’une des plus longue rue de la capitale, Grenoble, Sartrouville et Pompéi. Son nom avec des dates plusieurs fois rectifiées figure sur le côté nord de l’Arc de Triomphe de l’Etoile parmi les 658 personnalités honorées. Au début du 20 siècle, il existait 84 portraits connus du général Valentinois26 mémoires, études et notices lui avaient été consacrées ainsi que 5 biographies. Au musée de Valence, une salle rassemble le portrait de son père Etienne Grand, plusieurs médaillons, estampes et aquarelles originales, ainsi que les armes offertes par le Directoire et un beau tableau peint par Jules Varnier offert par l’Etat en 1839.

La légende de Championnet inspira les plus grands auteurs. Victor Hugo, approximatif dans
Les Misérables, lui fait voir le jour à Paris«Championnet, qui brutalisait les miracles, était sorti du pavé de Parisil avait tout petit inondé les portiques de Saint-Jean-de-Beauvais et de Saint-Etienne-du-Montil avait assez tutoyé la châsse de Sainte-Geneviève pour donner des ordres à la fiole de Saint-Janvier»

Alexandre Dumas, bouleversé par la révolution napolitaine qui lui avait pris son père, séjournera longtemps à Naples. Pour lui Championnet est un homme de transition entre l’Ancien Régime et la Révolution. Dans
La San-Felice et Emma Lyonna, il en trace un portrait plaisant«Il portait encore la poudre de 1789, avait conservé la queue et brillait par un certain air d’aristocratie qu’il devait sans doute à l’extrême propreté de ses vêtements, à la finesse et à la blancheur de son linge. Son œil noir était vif, déterminé, plein de résolution et d’audace. Sa barbe était faite avec le plus grand soin, il ne portait ni moustache, ni favorisson costume était celui des généraux républicains du Directoire»

En 1999, Naples a commémoré le bicentenaire de l’éphémère République parthénopéenne. Les héritiers ont retrouvé la ferveur qui faisait écrire en 1806 à Vincenzo Cuoco«
O ChampionnetTu n’existes plus, mais ta mémoire reçoit les hommages dus à ta fermeté et à ta justice. Qu’importe que le Directoire ait voulu t’opprimerIl ne t’a pas avili. Tu fus alors l’idole de notre nation. Le rappel de Championnet fut un malheur pour la République napolitaine. Il ne m’appartient pas d’apprécier s talents militaires, mais il fut aimé du peuple napolitain et c’était un grand mérite»


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