Bonaparte à Valence


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Napoléon et les écrivains

Histoire > Conférences

Napoléon et les écrivains par Jacques Delatour

Napoléon Bonaparte est un personnage de roman et a beaucoup inspiré les écrivains.
1782Bonaparte est élève à Brienne. Il a neigé «dirigeait les élèves. Pour mieux commander et mieux voir, le Corse, qui ne se consolait pas de sa petite taille, avait fait un monticule de neige, d’où il dominait le chantier de la construction d’un fort. Pour aussi extraordinaire que cela pût paraître, personne ne murmura et ne refusa d’obéir à Paille-au-Nez. Chacun de nous avait reconnu l’autorité de notre camarade en reconnaissant sa compétence. En deux jours le fort et le bastion furent édifiés. Ce fut un spectacle magnifique. Paille-au-Nez, sur un monticule de glace, les bras croisés ou les mains dans le dos, veilla à tout.
Renfort à la deuxième embrasureà la deuxième section
Le centre faiblit, Tentez une sortie..
»
(Récit vrai de René Bizet, dans
Siroco, le journal des jeunes, 10 février 1944)

Le 18 BrumaireBonaparte est l’un des héros des Compagnons de Jéhu d’Alexandre DumasLe 18 Brumaire est raconté en détail et tout à l’avantage de Bonaparte«débouchant dans la rue de la Victoire, Bonaparte trouva les dragons de Sébastiani rangés en bataille. Il voulut les haranguer, mais ceux-ci l’interrompant aux premiers mots
– Nous n’avons pas besoin d’explications, crièrent-ilsnous savons que vous ne voulez que le bien de la République. Vive Bonaparte»
Et le cortège suivit aux cris de Vive Bonaparteles rues qui conduisaient de la rue de la Victoire aux Tuileries.
Le général Lefebvre, selon sa promesse, attendait à la porte du palais. Bonaparte à son arrivée aux Tuileries fut salué des mêmes vivats qui l’avaient accompagné jusque-là.
Alors il releva la tête. Peut-être n’était-ce point assez pour lui que ce cri de«Bonaparte» et rêvait-il déjà de celui de«Napoléon».
Si le séjour de Bonaparte à Valence n’a pas retenu l’attention de grands écrivains, Jean-Roch Coignet capitaine nous relate la plus célèbre des batailles de l’EmpereurAusterlitz.
Austerlitz, 2 décembre«lendemain 2 décembre, l’Empereur, partit du grand matin pour visiter ses avant-postes et voir la position de l’armée russe… Nous étions vingt-cinq mille bonnets à poil et des gaillards qui avaient soif de gloire comme le grand capitaine qui les commandait. Nos bataillons montèrent cette côte l’arme au bras et arrivés à distance, ils souhaitèrent le bon jour à la première ligne par des feux de bataillon et montèrent la côte par bataillons et la baïonnette croisée sur la première ligne des Russes et la chargèrentla musique se faisait entendre de toutes partsOn va leur percer le flanc, rantanplan, ran.» (Les Cahiers du capitaine Coignet)

Essling 1809«bataille ouvrait l’ère des grandes hécatombes qui allaient dès lors marquer les campagnes de l’empereur», écrit l’historien Louis Madelin. Plus de 40tués, un mort toutes les trois secondes, onze mille mutilés dans la Grande armée.
Patrick Rambaud, grand prix du roman de l’Académie française, raconteest à Vienne au soir de la bataille«plus d’une heure, sous la chaleur, Napoléon resta sur son cheval blanc, dans sa tenue de colonel des grenadiers, gilet, veste bleue, parements rouges, à priser sans cesse au milieu de son état-major completLa Garde impériale défila dans un ordre parfait et en musiqueles hommes étaient reposés, propres, rasés, astiqués, aucun bouton, aucune garniture ne manquait et la foule applaudit les drapeaux. L’empereur voulait montrer que son armée n’était pas à terre, que les combats meurtriers au bord du Danube n’avaient été qu’un contretemps. Cela devait impressionner les habitants de Vienne et raviver le moral de soldats.» (Patrick Rambaud,
La Bataille)

Les soldats
Edmond Rostand fait parler le grenadier Flambeau (dont le rôle était tenu lors de la création de la pièce par Lucien Guitry, le rôle de l’Aiglon revenant à Sarah Bernhardt)
«Et nous, les petits, les obscurs, les sans-grades,
Nous qui marchions fourbus, blessés, crottés, malades,
Sans espoir de duchés ni de dotation
Nous qui marchions toujours et jamais n’avancions
Trop simples et trop gueux pour que l’espoir nous berne
De ce fameux bâton qu’on a dans sa giberne.»
Ce sont ces mêmes soldats, mais en plomb qui font la joie de l’Aiglon
«Sortons-les tousLa table en est toute couverte
Voici les voltigeurs à l’épaule verte,
Voici les tirailleurs, et voici les flanqueurs
Sortons les, tous ces petits vainqueurs
Voici les MamelouksTiens, là je reconnais
Les plastrons cramoisis des lanciers polonais
Voici nos éclaireurs culottés d’amarante
Enfin voici, guêtrés de couleur différente
Les grenadiers de ligne aux longs plumets tremblants
Qui montaient à l’assaut avec des mollets blancs…»
(Edmond Rostand,
L’Aiglon).

Heinrich Heine qui, enfant, habitait Düsseldorf, dont le comté était confié à Murat et dont la famille appréciait les mesures en faveur des Israélites, parle aussi de ces grenadiers
«Nach Frankreich zogen zwei grenadier
Die waren in Russland gefangen»
Traduction libre :
«captifs chez le Russe lointain
Deux grenadiers retournaient vers la France
Déjà leurs pieds touchent le sol germain
Mais on leur ditPour vous, plus d’espérance
L’Europe a triomphé, vos héros ont vécu
C’en est fini de la France et de la Grande armée.»
Les khagneux lyonnais au temps où les classes n’étaient pas mixtes chantaient en français et en latin, une version gaillarde des mérites du grenadier (miles gregarius)
«C’était un grenadier qui revenait de Flandres
Tambours battez toujoursgénérale bat, ne l’entendez vous pas
L’était si mal vêtu qu’on lui voyait son membre.
Le membre était gelé, on était en décembre
Une dame de charité l’fit monter dans sa chambre.
Elle alluma du feu pour échauffer son membre.
Quand le membre fut chaud, il se mit à s’étendre
Vint long comme le bras et gros comme la jambe,
Dis-moi, beau grenadier, à quoi te sert ton membre»
On devine le reste de la chanson.
Les grands malheurs plus que les grandes victoires inspirent les romanciers.

L’incendie de Moscou
Le général comte de Ségur, aide de camp de l’empereur, est un témoin de l’incendie de MoscouLe gouverneur de Moscou est Fedor Rostopchine, propriétaire de 4serfs. Les riches bourgeois ne lui pardonneront pas d’avoir brûlé leurs somptueuses maisons et il devra s’exiler en FranceSa fille épousera le neveu de Philippe de Ségur aide de camp de l’Empereur. Il raconte«que nos soldats luttaient encore avec l’incendie et que l’armée disputait au feu cette proie, Napoléon dont on n’avait pas osé troubler le sommeil pendant la nuit, s’était éveillé à la double clarté du jour et des flammes. Dans son premier mouvement il s’irrita et voulut commander à cet élémentmais bientôt il fléchit et s’arrêta devant l’impossibilité. Surpris, quand il a frappé au cœur d’un empire d’y trouver un autre sentiment que celui de la soumission et de la terreur il se sent vaincu et surpassé en détermination.»
(de Ségur,
La campagne de Russie)
La retraite de Russie
Puis c’est la débâcle«nuit, la faim, le froid, la chute d’une foule d’officiers, la perte de bagages laissés de l’autre côté du fleuve, l’exemple de tant de fuyards, celui, bien plus rebutant, des blessés qu’on abandonnait sur les deux rives et qui se roulaient de désespoir sur une neige ensanglantée, tout enfin les avait désorganisés… Tous marchaient pêle-mêle, cavalerie, fantassins, artilleurs, Français et Allemandsil n’y avait plus ni aile ni centre..» Ce fut ainsi que Napoléon arriva à Kamen.»

«À partir du 28 octobre, avec les grands froids, la retraite des Français prit un caractère beaucoup plus tragiqueles uns gelant ou se grillant à en mourir autour des feux, les autres continuant leur route en pelisse dans leurs calèches, emportant le butin de l’empereur, des rois, des ducsmais la décomposition et la fuite de l’armée française suivaient leurs cours naturel, sans changer de caractère. Entre Moscou et Viazma, des soixante-treize mille hommes de cette armée, il n’en resta que trente-six mille.»
(Tolstoï,
Guerre et Paix). Tolstoï est né 16 ans après la bataille de Borodino où son père combattait comme hussard dans les armées du tsar. Il s’est rendu au tombeau de l’Empereur en 1857. «scélérat», a -t-il dit.

«e 6 novembre 1812 le thermomètre descendit à 18° au dessous de zérotout disparait sous la blancheur universelle. Les soldats sans chaussures sentent leurs pieds mourirleurs doigts violâtres et roidis laissent échapper le mousquet dont le toucher les brûleleurs chevaux se hérissent de givre, leurs barbes de leur haleine congelée. Ils tombent, la neige les couvre.»
Chateaubriand,
De Buonaparte et des Bourbons. Chateaubriand, monarchiste, vivait retiré dans sa maison de La Vallée-aux-Loups en banlieue parisienne, lors des événements qu’il raconte.)

On connait les premiers vers du poème de Victor Hugo,
L’Expiation:
Il neigeait. On était vaincu par sa conquête,
Pour la première fois l’aigle baissait la tête.
Sombres joursL’empereur revenait lentement,
Laissant derrière lui brûler Moscou fumant.»
Waterloo
demeure un morceau de choixFabrice del Dongo, le héros de Stendhal dans La Chartreuse de Parme brûle de se battre au côté de l’empereur. (Stendhal avait vu au moins une fois l’Empereur au théâtre et il avait rejoint l’administration impériale en 1806)«pars je vais joindre l’empereur qui est aussi le roi d’Italie.» Materné par une cantinière qui lui trouve un cheval il réussit n on sans peine à se joindre à la troupe
«à coup le maréchal-des-logis cria à ses hommesVous ne voyez donc pas l’empereurSur le champ l’escorte cria Vive l’empereurà tue-tête. On peut penser si notre héros regarda de tous ses yeux mais il ne vit que des généraux qui galopaient suivis d’une escorte. Les longues crinières pendantes que portaient à leurs casques les dragons de la suite l’empêchèrent de distinguer les figures. Ainsi je n’ai pas pu voir l’empereur sur un champ de bataille… – C’est donc l’empereur qui a passé là, dit-il à son voisin.
- Ehcertainement, celui qui n’avait pas d’habit brodé.» Là, prend fin le combat de Fabrice.

Joseph, le conscrit de 1813 d’Erckmann Chatrian est à Waterloo«fallait emporter la Haie-Sainteil fallait forcer à tout prix le passage de la grande route au centre de l’ennemi, comme on enfonce la porte d’une place forte, à travers le feu des avancées et des demi-lunes. Nous avions été repoussés la première fois mais la bataille était engagée, on ne pouvait plus reculer… Nous attendions l’arme au bras, lorsque, vers trois heures, Buche regardant en arrière sur la route me dit- Voici l’Empereur qui vient»
La fumée était tellement épaisse qu’on voyait à peine sur la petite butte de Rossomme, les bonnets à poils de la vieille garde. Je m’étais retourné pour voir l’Empereur, mais bientôt nous reconnûmes le maréchal Ney… Il étendit son épée en direction de la Haie-Sainte, en nous criant
«Nous allons enlever ça»
La fin approche et les auteurs, s’ils apprécient médiocrement Napoléon, font l’éloge de ses soldats«garde arriveAhoui, la garde arrivait…elle arrivait à la finNous voyions de loin, sur la grande route, ses hauts bonnets à poil s’avancer en bon ordre. Ceux qui n’ont pas vu la garde arriver sur un champ de bataille ne sauront jamais la confiance que les hommes peuvent avoir dans un corps d’élite, l’espèce de respect que vous donnent le courage et la force. Les soldats de la vieille garde étaient presque tous d’anciens paysans d’avant la République, des hommes de cinq pieds six pouces au moins, secs, bien bâtis.»
Le récit de Joseph est totalement invraisemblablesimple soldat, il ne voit que les soldats à côté de lui et aperçoit l’officier qui les commande juché sur son cheval. Pourtant, comme s’il était dans un hélicoptère il raconte l’ensemble de la bataille. Les auteurs en ont conscience et pour se justifier font dire à Joseph«Nos chefs eux savaient ce qui se passait à Hougomont et Planchenoix.»
(Erckmann Chatrian,
Waterloo)
Impossible de ne pas citer les vers fameux de Victor Hugo donnant une description parfaite du lieu de la bataille
«Waterloomorne plaine
Comme une onde qui bout dans une urne trop pleine,
Dans ton cirque de bois, de coteaux, de vallons,
La pâle mort mêlait les sombres bataillons.»
Mais c’est dans
les Misérables qu’on trouve un récit complet de la bataille qui se termine par la présentation de la crapule Thénardier, Thénardier prétend avoir été sergent du 6 léger et seul contre un escadron de hussards avoir sauvé un général. En fait, c’est un détrousseur de cadavres mais il a nommé son bistrotLe cabaret du sergent de Waterloo.
Hugo consacre 40 pages à une description minutieuse de la batailleil a dû se documenter sérieusement sur le sujet.
Le dernier carré«Quelques carrés de la garde, immobiles dans le ruissellement de la déroute comme des rochers dans de l’eau qui coule, tinrent jusqu’à la nuit… Quand cette légion ne fut plus qu’une poignée, quand leur drapeau ne fuit plus qu’une loque, quand leurs fusils épuisés de balles ne furent plus que des bâtons, quand le tas de cadavres fut plus grand que le groupe vivant il y eut parmi les vainqueurs une sorte de terreur sacrée autour de ces mourants sublimes, et l’artillerie anglaise, reprenant haleine, fit silence…. Un général anglais leur cria«français, rendez-vous» Cambronne réponditMerde»
La romancière anglaise Jane Austen qui vit à l’époque de Napoléon et dans ses six romans met en scène de nombreux soldats n’a, elle, qu’une courte phrase pour parler des guerres napoléoniennesaprès Waterloo elle écrit dans
Orgueil et PréjugéLa paix ayant été conclue.»

L’abdication«Malmaison où l’empereur se reposa, était vide. Joséphine était morteBuonaparte dans cette retraite se trouvait seul. Là il avait commencé sa fortunelà, il avait été heureuxlà, il s’était enivré de l’encens du mondelà, du sein de son tombeau, partaient les ordres qui troublaient la terre. Dans ces jardins où jadis les pieds de la foule râtelaient les allées, l’herbe et les ronces verdissaient.»
(Chateaubriand,
Mémoires d’Outre tombe)

Le tombeau à Sainte-Hélène
Shelley comme Byron et les romantiques anglais ont aimé Bonaparte et Napoléon. Dans
Lines written on learning the news of the death of Napoleon (Ecrit à la nouvelle de la mort de Napoléon) Shelley s’écrieÔ Terre, peux tu tourner alors que Napoléon est mort

Des jugements
Gérard de Nerval, l’année de son baccalauréat, en 1826
«Napoléon
Ton pouvoir expirant,
Sous d’indignes revers
Ta gloire est étouffée»
Napoléon et la France guerrière
Chateaubriand«était un poète en action, un génie immense dans la guerre, un esprit infatigable, habile et censé dans l’administration, un législateur laborieux et raisonnable. C’est pourquoi il a tant de prise sur l’imagination des peuples. Mais comme politique ce sera toujours un homme défectueux aux yeux des hommes d’État.»
Victor Hugo en exil à Guernesey compare Napoléon à Napoléon III qu’il appelle Napoléon le petit ou bien encore Cartouche. Dans son poème
Le Manteau impérial il appelle les abeilles napoléoniennes à fondre sur Napoléon III
«percez toutes ensemble,
Faites honte au peuple qui tremble,
Aveuglez l’immonde trompeur,
Acharnez-vous sur lui, farouches,
Et qu’il soit chassé par les mouches
Puisque les hommes en ont peur.»
Dans
Napoléon III il l’appelle le nain
«Donc, c’est fait. Dût rugir de honte le canon,
Te voilà, nain immonde, accroupi sur ce nom.»

Au contraire dans
les Misérables il comble d’éloges Napoléon le seul, le vra i«Ce grand bûcheron de l’Europe, ce prodigieux capitaine.»
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