Bonaparte à Valence


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Taponier

Histoire > Généraux Drômois

Alexandre TAPONIER (1749-1831), vainqueur de la Bastille

Il prend la Bastille et se retrouve sous-lieutenant
Fils d’Augustin Taponier et de Jeanne Lagier, Alexandre-Camille Taponier voit le jour à Valence le 2 février 1749. Fasciné par les armes, il s’engage à 18 ans dans un régiment de grenadiers des Gardes françaises. Malgré sa bonne volonté, sa carrière est très laborieuse puisqu’au terme de 22 ans de service il n’est que sergent. L’origine modeste de ses parents et son attitude réservée expliquent bien sûr cette difficile ascension. La prise de la Bastille, à laquelle il participe activement en conduisant à l’attaque sa compagnie toute entière, change son destin. En effet, pour récompenser son action d’éclat, les autorités révolutionnaires lui accordent immédiatement le grade de sous-lieutenant. Un mois plus tard, Taponier devient capitaine aide-major du 9 bataillon de la garde nationale de Paris. Voilà sa carrière définitivement lancéePendant deux ans, il fréquente les officiers révolutionnaires qui tiennent le haut du pavé et se retrouve souvent mobilisé pour maintenir l’ordre lors des nombreuses émeutes qui émaillent la vie de la capitale.

À cette époque, l’armée est désorganisée par l’émigration de six mille officiers sur neuf mille, dont six cents généraux. Les forteresses sont démantelées, les casernements en ruines, les dépôts de vivres et de munitions ne sont plus approvisionnés. L’indiscipline est totale, de nombreux régiments se soulèvent, les désertions s’amplifient. Dans ce contexte mouvementé, les soldats d’expérience sont recherchés et, le 3 août 1791, Taponier rejoint l’armée du Rhin commandée par le général Luckner qui assiège Landau.

Capitaine à l’armée du Rhin
Le 1 janvier 1792, Taponier est promu capitaine et affecté au 103 régiment d’infanterie de ligne. Il reçoit, le 1 mars, la croix de chevalier de l’Ordre militaire de Saint-Louis, ultime récompense de l’Ancien Régime. Les 20 et 23 juin, il marche contre les insurgés qui envahissent les Tuileries et contribue à rétablir la tranquillité publique. Le 10 août 1792 marque l’agonie de la monarchie. En moins de trois ans, la France, quasiment royaliste, est devenue républicaine. Le 13, Taponier devient premier capitaine d’un bataillon de campagne qui sert toujours sous les ordres de Luckner. Le 26, après la retraite de l’armée du Rhin, Taponier et son bataillon renforcent la garnison de Thionville soumise à un intense blocus. En novembre, il participe à l’expédition de Trèves aux côtés de Beurnonville, sous les ordres de Dumouriez qui dirige l’armée du Nord, puis passe à l’avant-garde de l’armée de Rhin-et-Moselle.

Le 17 janvier 1793, trois cent soixante et un députés votent la mort du roi, trois cent trente-quatre sont contre, vingt-six favorables au sursis. C’est donc avec une seule voix de majorité que la Convention condamne Louis XVI qui est guillotiné le 21 janvier sur la place de la Révolution, notre actuelle place de la Concorde. C’est la rupture définitive avec l’Ancien Régime et une provocation lancée aux souverains en place. Les puissances européennes, qui redoutent la contagion, s’unissent contre la France. En mars, Taponier est employé à la défense de Sarre-Libre puis il rejoint à Hornbach le corps des Vosges qui fait partie de l’armée de la Moselle. La situation militaire est délicate sur toutes les frontières de la France. Les Espagnols pénètrent dans le Roussillon et à Bayonne, les Piémontais sont en Savoie. Kléber abandonne Mayence le 23 juillet, Valenciennes tombe le 28. Les places fortes du Nord sont encerclées par l’armée autrichienne, Paris est menacé. Heureusement, le 4 août, l’énergique Carnot reprend les choses en mains. Sous sa direction l’armée française est restructurée en divisions autonomes, interchangeables et homogènes. Désormais les compétences militaires priment sur les recommandations politiques.

Général de division
En octobre, Taponier est envoyé à Saverne avec son bataillon pour renforcer l’armée du Rhin qui vient d’évacuer les lignes de Wissembourg. Le 16, il est promu adjudant-général par les représentants Ehrmann et Richaud puis devient directement général de division, le 7 novembre, sans être passé, fait exceptionnel, par le grade de général de brigade. Désormais, sous l’impulsion de Carnot, les choses vont vite mais Taponier justifie largement la confiance mise en lui par la bravoure qu’il déploie sur les champs de bataille. Il dirige tout d’abord la division de droite de l’armée de la Moselle et se distingue, le 19 novembre, lors des combats de Hornbach et de Deux-Ponts. Par Saverne, Sarreguemines et Hamburg il franchit les Vosges et la frontière allemande pour prendre l’ennemi à revers cent kilomètres plus au Nord. Une semaine plus tard, il fait face aux Prussiens à Kaiserlautern où l’ennemi perd 6hommes, si l’on s’en réfère à une lettre écrite par Championnet, qui sert alors sous les ordres de son compatriote.

Le 1 décembre, vigoureusement attaqué par des forces bien supérieures, Taponier recule «
avec ordre et à pas lents» jusqu’aux hauteurs de Hamburg. Il a pris pour aides de camp deux autres valentinois, Argod et Antelme. Le 4, il marche avec sa division sur Bitche et Niederbronn pour se joindre à la gauche de l’armée du Rhin. Le général en chef Hoche lui écrit«Vous êtes chargé de la réputation de l’armée de la Moselle. Faites la connaitre à celle du Rhin par des actions, il faut vaincre» Le 12, il reçoit le commandement officiel de la division de gauche de l’armée du Rhin et de deux divisions de droite de l’armée de la Moselle. L’armée française ayant été contrainte de battre en retraite, il contient pendant 24 heures, avec ses trois divisions, les efforts de l’ennemi et favorise le difficile regroupement opéré à Deux-Ponts. Il s’illustre encore en enlevant les hauteurs du Dahn et de Lembach et en faisant prisonnier le général ennemi, les drapeaux du régiment, 2 000 hommes de troupes, et 26 pièces d’artillerie qui défendaient ces localités. Le compte-rendu du journal de campagne de sa division témoigne de son humanité«À cette époque, il était dit de ne faire aucun prisonnier et l’ennemi craignait toujours d’être sacrifié en se rendant mais le Général Taponier ne souffrit jamais qu’il fut fait du mal à aucun prisonnier» À Reischoffen, où l’ennemi est mis en déroute les 22 et 23 décembre, il reçoit un coup de feu dans l’épaule gauche et doit céder son commandement à Championnet avant d’être évacué sur Bitche pour soigner sa blessure. Il restera éloigné du front pendant plusieurs mois.

Nous retrouvons Taponier, partiellement guéri, au printemps 1794, au moment où Robespierre s’attaque aux factions politiques qui se déchirent. La situation des armées françaises ne cesse de se dégrader. C’est désormais Jourdan qui commande l’armée de la Moselle tandis que Pichegru le remplace à l’armée du Nord. Le 8 mars 1794, malgré sa grande faiblesse, Taponier déloge le régiment de Hoffen qui tient Jägerthal. Il s’empare de deux drapeaux qu’il envoie aux représentants du peuple, Lacoste et Baudot, avec une pièce de canon. Sa lettre d’accompagnement est lue le 16 mars à la tribune de la Convention par Baudot«
Citoyens représentants, je vous envoie les deux drapeaux enlevés à l’ennemi dans la 1 attaque que fit la division de droite de l’armée de la Moselle, lors de sa réunion à la gauche de l’armée du Rhin. Ce sont les drapeaux du régiment de Hoffen qui, avec un bataillon d’infanterie légère, gardait les hauteurs des gorges de Jägerthalce passage important qui nous ouvrait le chemin de Lembach fut enlevé avec valeur et cette célérité qui caractérisent le soldat républicain. La défaite de ces trois bataillons, dont une grande partie mordit la poussière, fut si complète et si prompte qu’ils abandonnèrent tous leurs effets pour fuir. Cette première attaque annonça à ces satellites du tyran que les soldats républicains ne leur permettraient pas de souiller longtemps le sol de la liberté quoique dans des positions avantageuses et retranchées qu’ils avaient juré de garder jusqu’à la mort. Je joins une petite pièce de canon montée sur son affut qui a été trouvée par le chef du 19 bataillon de Paris. Cette pièce vient du ci devant marquis de Procourt, comme il ne doit plus exister de marque de féodalité, je vous l’envoie pour la changer en une plus forte…».

Le 26 juin 1794, la victoire de Fleurus consolide le nouveau gouvernement et rassure le pays sur la force de ses armées. Dès le 9 juillet, après un combat de 12 heures, Taponier chasse le général Mallendorff des redoutes installées sur les hauteurs de Tripstadt, lui prend huit canons et s’empare de Kaiserslautern. Poursuivant sur sa lancée, il commande ensuite la réserve de l’armée de la Moselle qui marche sur Trèves et Luxembourg. Lors du siège de cette ville, il reçoit une nouvelle blessure à l’épaule gauche qui lui met le bras hors service. Placé à la tête des trois divisions de gauche de l’armée de la Moselle, il passe le Rhin à Coblentz et soutient puissamment les armées du Rhin et de Sambre et Meuse dans leur conquête de la ville, où il entre à la tête des troupes le 24 octobre 1794 et où il installe ses quartiers d’hiver. «
Les habitants, qui croyaient se voir livrés à la fureur du soldat vainqueur, n’eurent d’autres maux que ceux causés par l’arrivée d’une armée disciplinée»écise son carnet de route. Le 20 mars 1795, Taponier passe à la nouvelle armée de Rhin et Moselle. Il reçoit le commandement de la 4 division en octobre mais, blessé une nouvelle fois, il est obligé de se retirer le 16 octobre et se voit mis en retraite d’office.

Sérieusement blessé il passe son commandement à Championnet
Rappelé le 31 mai 1796, il participe à la seconde campagne d’Allemagne à la tête de la 8 division de l’armée de Rhin et Moselle sous Gouvion Saint-Cyr qui dirige le centre. Placé successivement à la tête de la division de gauche, qui occupe le Palatinat, puis à la tête de la division du centre dans la marche en avant et dans le mouvement rétrograde qui aboutit à la prise de Kehl, il repasse le Rhin le 24 juin 1796. Onze jours plus tard, il est à Rastatt, où il attaque le poste de Guersbach «avec la plus grande bravoure» écrit Moreau dans son rapport au Directoire. Gravement blessé au côté gauche par un coup de feu en poursuivant l’ennemi à Soultz, Taponier transmet à nouveau le commandement à Championnet. Sa blessure est sérieuse comme l’atteste le certificat signé par les futurs maréchaux Lefebvre et Soult et il doit se résoudre à prendre un repos bien mérité d’autant qu’il est entré en conflit avec Moreau qui l’accuse d’avoir levé des contributions arbitraires. Le 11 août, il est remplacé par Ambert, officiellement pour raisons de santé.

Réformé mais toujours actif
Sa blessure lui ayant laissé de graves lésions aux côtes, Taponier ne peut plus monter à cheval. Malgré sa demande de retour à l’armée, les médecins militaires précisent qu’une demande de nouveau commandement serait déplacée et il est réformé le 15 mars 1797. Il se retire alors à Vanves près de Paris. Il reste sans emploi jusqu’au 6 août 1799, date à laquelle il est mis à la tête d’une division de l’armée d’Angleterre pour servir dans les départements de l’ouest où les Anglais menacent de débarquer. Il décline l’offre et propose un échange avec une division de l’armée du Rhin. Il se rend auprès du général en chef qui, vu son état physique, refuse de l’employer et lui donne le commandement du département des Forêts.

Le 2 octobre 1799, malgré ses infirmités, Taponier prend le commandement de la 13 division militaire à Pontivy. Il poursuit avec vigueur les brigands de l’Ouest mais se fait ridiculiser par leur chef Georges Cadoudal qui a intercepté son courrier et lui annonce l’amnistie accordée par le Premier Consul. Déçu de ne pouvoir servir activement, il entre au service des Eaux et Forêts le 9 août 1800. Définitivement privé de commandement le 21 mai 1801, Taponier est mis à la retraite le 22 mai 1802, ce qui l’empêche de participer aux guerres de l’Empire. Malgré son éloignement des champs de bataille, il est nommé chevalier de la Légion d’honneur le 29 mars 1805. En 1814, il propose, oubliant son âge avancé et toujours sans succès, ses services au gouvernement de la Restauration. Lors des Cent-Jours, il réitère ses offres auprès de Napoléon qui ne donne pas suite. Pendant la seconde Restauration, il se retire à Paris où il vit discrètement et où il décède le 14 avril 1831, âgé de 82 ans. Sa tombe, réalisée sous forme d’obélisque, se situe dans la 3 division du cimetière de Montparnasse et son nom figure sur le pilier Nord de l’Arc de triomphe de l’Etoile à Paris.

À noter que la rue Campagne-Première dans le 14 arrondissement de Paris a été nommée ainsi par le général Taponier, propriétaire de terrains alentour, qui voulait évoquer sa première campagne de Wissembourg en 1793. Marié à Marie-Cécile Durupt, Taponier aura un fils prénommé Henry qui verra le jour à Valence le 15 mai 1795. Successivement capitaine au 47 de ligne puis colonel du 52, il terminera sa carrière comme colonel, commandant la place de Rochefort en 1860. Commandeur de la Légion d’honneur, il décèdera à Estagel dans les Pyrénées Orientales le 24 janvier 1874.



Références.

- Brun-Durand (J), Dictionnaire biographique de la Drôme, Grenoble, Librairie dauphinoise, 1901.
- Documents originaux. Collections personnelles de Bernard Got et Jean-Claude Banc.
- Légion d’honneur, dossiers LH/2567/46 et 47.
- Service Historique de l’Armée de terre à Vincennes. Dossiers Taponier.
- Six Georges,
Dictionnaire de la Révolution et de l’Empire, Editions Georges Saffroy, Paris, 1934.


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